

Je suis Myriam Pradier , je suis Tisserande en Bretagne et adhérente au Syndicat Professionnel des Tisserands de Bretagne (SPTB). Dans le hameau historique de Kerhinet, à Saint-Lyphard, je récupère la laine de races locales pour la tisser et donc la valoriser.
Au début du 20e siècle, une vingtaine de tisserands exerçaient leur métier à Kerhinet et dans les environs de la Madeleine. Un siècle plus tard, Myriam Pradier a intégré un collectif d’artisans briérons au sein de La chaumière des saveurs et de l’artisanat. Son atelier est installé dans l’une des chaumières du village de Kerhinet, où elle fait découvrir en direct son savoir-faire au public.
J’ai nommé mon atelier Tisse-Brin, en référence au “brin », ce tissu fait d’un mélange de lin et de chanvre. C’est un cousin du “belinge” que l’on utilisait pour les jupons des femmes, les pantalons et les guêtres.
Mon Parcours
Originaire de Saint-Roch à Pontchâteau, fille d’instituteurs, je suis devenue tisserande vers l’âge de 20 ans sur les contreforts du Larzac. Je tissais alors de la laine de mouton de manière simple et sobre. J’ai aussi été fileuse. En revenant dans la région il y a 18 ans, je me suis dit que j’irai, un jour, travailler à Kerhinet ». Une intuition juste !
J’ai suivi une formation de tisserande auprès de Marie-Pierre Puybarret, dans les Côtes d’Armor, pour parfaire mes compétences et j’ai de nombreux projets en cours : fabriquer des sets de table, des trousses et petits sacs ethniques en lin-chanvre. Je réalise aussi des tapis, des coussins, des courtepointes matelassés, des futons et des ponchos de laine !
Le métier à tisser du Parc
Née en Brière, j’ai découvert le métier à tisser dans l’une des maisons du village de Kerhinet, au moment de sa restauration, j’étais adolescente. Un élevage de moutons des Landes de Bretagne s’y promenait librement et il a attiré son attention. C’est là qu’ont germées les graines de ma passion pour le tissage traditionnel jusqu’à en faire mon métier. Je me souviens qu’il y avait là un beau métier à tisser, en chêne, sauvegardé dans un bel état. J’ai retrouvé dans le livre « La Madeleine un petit pays, une longue histoire » le nom de tisserands locaux. Je me suis demandée si ce métier venait du Clos d’Orange en Saint-Lyphard, mais alors, à quel tisserand appartenait-il ?
De nombreuses personnes sont venues visitées Kerhinet, et maintes anecdotes m’ont été partagées sur des aïeux tisserands de la Brière mais également de régions de France.
Le tissage est aujourd’hui classé comme savoir-faire rare au patrimoine immatériel de l’humanité. Les patrimoines du textile sont une réalité culturelle, par l’écho des activités anciennes dont ils sont porteurs. Ici à Kerhinet, je transforme la laine des moutons landes de Bretagne en passant du lavage, au filage au rouet et à la création de tissu.
Les éleveurs et moi même créons ensemble une dynamique pour valoriser la laine de notre territoire, cette fibre aux milles qualités.
Des matériaux naturels et recyclés fermiers à prix abordables
Je met un point d’honneur à utiliser un maximum de produits recyclables : je récupère, je trie, je lave, je carde et je file la laine des moutons du Parc naturel régional de Brière.
Le lin provient de Normandie et de la récupération de bobines par des tisserands à la retraite. Le chanvre vient de Roumanie, cultivé sans pesticide, ni herbicide sur des terres bio depuis toujours.
La création d’un tissu demande du temps. Je suis fière de maîtriser ces savoir-faire, de redonner vie à ces matériaux inusables. C’est une façon de rendre hommage aux tisserands briérons. J’en profite aussi pour sensibiliser les gens, et surtout les jeunes, au gaspillage lié aux monceaux de vêtements jetés chaque année.
Myriam Poirier a installé son atelier de tissage en 2022 .
D’abord, j’ai proposé des produits qui mélangeaient le lin et le chanvre pour faire du brin. Le nom de mon atelier “Tisse-Brin” vient de là. Ces fibres végétales durables consomment peu d’eau, contrairement au coton.
Avant cette aventure, j’ai travaillé pendant plusieurs années en tant qu’éducatrice dans des établissements scolaires où j’ai proposé des animations avec les enseignants.
En effet, en parlant avec mes collègues de mon métier de tisserande, j’ai proposé des activités autour du tissage aux élèves. Les enfants adorent les activités manuelles. Ce fut l’étincelle qui a réveillé en moi le désir de renouer avec mon métier.
Animée par la volonté de promouvoir des circuits courts, j’ai initié une collaboration avec l’éleveur de Kerhinet. J’ai créé ma micro-entreprise avec le soutien de l’Adie.
Les matières que j’affectionne
Je fais de la toile comme le pratiquaient les tisserandes en Brière. J’ai proposé de filer la laine, d’abord parce que je suis fileuse. Je puise dans un fil normand ancien de 30 ans qui matérialise concrètement le renouveau du patrimoine textile local.
Ma passion pour le mouton et la laine se manifeste dans mon engagement à utiliser des races locales comme les Landes de Bretagne, les moutons d’Ouessant et de Belle-Île. Consciente que ces laines ne conviennent pas aux pulls modernes, je m’’inspire des pratiques des fileuses d’antan pour créer des couvertures, des coussins, des dessus de lits, des tapis, des ponchos filés à la main et même du feutre.
Pour parfaire mes compétences techniques, j’ai suivi une formation financée par l’Adie, ce qui m’a aidée à acquérir de la matière première et du matériel pour commencer à filer et à développer mon entreprise.
J’ai appris à tisser le lin, le chanvre, le lapin, la soie mais aussi l’archéologie du tissage. J’ai même appris la tonte à l’ancienne avec une cisaille, même si je ne la pratique pas et que cela se fait désormais à la tondeuse électrique par des spécialistes. Cette opportunité du Parc de Brière d’ouvrir la Maison de l’artisanat m’a poussée à installer et développer mon atelier Tisse Brin.
J’ai contacté Franck Yviquel qui est éleveur de moutons de race Landes de Bretagne, en Brière. Il ne faisait rien de la laine, car cette filière est mal valorisée en France, même si une réflexion est engagée à ce sujet par l’association Moutons de Pays de Bretagne, pour une mutualisation dans la région. Alors j’ai proposé de la récupérer .
Le travail du fil
Je trie la laine et je la re-trie par catégorie et par couleur : la laine gonflante pour le bourrage, celle qui va servir à faire du fil et celle qui fera du feutre. Il faut ensuite la laver, la carder pour mettre le fil dans le même sens, puis la filer sur le rouet, avant de la mettre sur le métier pour fabriquer des ponchos et coussins, entièrement en laine locale. Mais aussi des semelles en feutre.-
Pour les couvertures, je confie la laine à une filature de l’Aveyron que je connais bien car elle nécessite une taille de fil plus grosse comme une bande. J’effectue aussi le tissage de la laine de chèvre mohair avec de la soie. C’est très particulier et cela a un coût plus élevé. Mais je travaille à la demande pour tous mes tissages selon les dimensions et les couleurs naturelles de laines».
Des stages
Je propose différents stages de découverte de tissage sur petit métier, du cardage et du filage au fuseau, le tissage d’un attrape rêve ou d’un petit sac sur carton.
Je me suis associée avec la savonnerie artisanale Lauzalie de Julie Tassel à Saint-Molf pour proposer des savons entourés de feutre.
Le métier de tisserand nécessite un grand savoir-faire, ainsi qu’une grande patience : au début du 20e siècle, une vingtaine de tisserands exerçaient ce métier à Kerhinet et dans les environs de la Madeleine. Un siècle plus tard, Myriam Pradier y fait revivre ce métier avec son atelier. Elle y présente son travail et fait découvrir son savoir-faire aux visiteurs.
Les créations
Contact : Myriam Pradier 07 83 15 61 81 atelier.tissebrin44@gmail.com




